Jean-Loup Chappelet : « Le système olympique s'est beaucoup complexifié »

Jean-Loup Chappelet, directeur de l’Institut de hautes études en administration publique associé à l'Université de Lausanne, est un spécialiste du management des organisations sportives. Né au Maroc, devenu docteur à Montpellier, diplômé de Cornell à New-York, attaché scientifique de l’Ambassade de France en Chine… Jean-Loup Chappelet est un homme du monde au sens propre du terme. Celui qui a développé le concept de « système olympique » est en particulier un homme du monde sportif. Il aborde pour nous certains thèmes liés au mouvement olympique et à son organisation.
La gouvernance
La gouvernance c’est beaucoup de bon sens, avec des principes assez simples à comprendre comme la démocratie pour les élections, la transparence, l’imputabilité comme disent nos amis Québécois, accountability en anglais, c’est-à-dire, pouvoir vérifier que les ressources ont été utilisées dans la direction qui avait été prévue à travers les objectifs stratégiques… C’est pour cela qu’il y a un lien étroit entre stratégie et gouvernance. Le CIO a d’ailleurs récemment adopté des principes universels de bonne gouvernance. Il y a sept catégories. La première, c’est justement « stratégie, vision, mission ». Les autres catégories vont dans le sens évoqué de transparence, d’équité, d’accountability, de solidarité, des principes assez basiques, mais pas simples à mettre en place et à faire respecter.
Le système olympique
Le système olympique a beaucoup évolué depuis l’ouvrage que j’ai sorti en 1991. A l’époque, il y avait 5 grandes composantes : le CIO, les COJO, les fédérations internationales, les CNO, les fédérations nationales. Les cinq anneaux, disposés un peu différemment, mais qui constituaient les cinq grandes composantes.

Aujourd’hui, le système olympique a évolué. Il y a maintenant bien sûr les gouvernements, qui font partie de ces acteurs importants, les sponsors, au niveau national et international, les ligues d’athlètes ou d’équipes professionnelles qui jouent un rôle aux Jeux Olympiques notamment, et d’autres organisations comme l’Agence mondiale anti-dopage ou le Tribunal arbitral du sport. Le système olympique s’est donc beaucoup complexifié, mais il est toujours là. Petit à petit, il a développé ce que l’on appelle la lex sportiva, un ensemble de règles sportives dans toutes sortes de sport et au niveau mondial qui se positionne un peu en opposition aux droits nationaux et international. Il y a parfois des clashs. C’est la situation actuelle du système olympique, dans une sorte de confrontation avec les gouvernements et les acteurs privés comme les sponsors et les équipementiers par exemple. C’est la question de l’autonomie du mouvement sportif par rapport aux autres grands acteurs du secteur privé commercial et du secteur public.
Le transnationalisme
Le système olympique était pendant longtemps constitué d’organisations sans but lucratif, privées malgré tout, mais organisées de façon autonome. Les gouvernements, les Etats intervenaient très peu. Les sponsors sont intervenus surtout à partir des années 1980, assez peu avant. Le secteur était donc très autonome, très autogouverné. Depuis une vingtaine d’années, il doit s’ouvrir. C’est pour cela que le mot de gouvernance est adapté. Il ne s’agit pas seulement de gouverner, mais de partager le pouvoir, de gérer les relations avec tous ces acteurs importants. C’est fascinant, parce que d’habitude c’est le contraire. Les États sont très présents dans certains secteurs et ouvrent aux acteurs privés avec les fameux partenariats public/privé. Ici, c’est l’inverse. Le secteur était très privé et s’ouvre progressivement à des partenariats avec les acteurs publics et le secteur commercial.
Réussir une carrière à l’international
Cela passe d’abord par une certaine connaissance du système. Pour cela, des formations peuvent être utiles. C’est vrai que cela peut parfois paraître difficile pour un élu, surtout assez haut placé, comme un président, un secrétaire général, voire pour un directeur général d’un CNO ou d’une structure sportive de se remettre sur les bancs de l’école. Mais c’est ce que font beaucoup de gens, comme l’illustrent les participants du programme MEMOS qui pour nombre d’entre eux sont des gens très importants. Ils sont certes parfois issus de petits pays, mais malgré tout ils font cet effort pour comprendre ce qui se passe, parce que ce n’est pas aussi simple que ça.

En même temps, il faut se faire un réseau et le faire grandir, rencontrer d’autres personnes d’autres pays. Le système olympique est vraiment multiculturel, multinational.
Il ne s’agit pas seulement de comprendre ce qui se passe dans son pays ou son continent, il s’agit d’avoir une vue plus universelle et de comprendre cette complexité de l’universel.
Et puis, ce sont aussi des projets et des campagnes qu’il faut mener auprès ou au sein de son CNO, de structures européennes, de fédérations internationales, pour peut-être terminer au CIO. C’est un parcours très très long, mais ça commence à la base à mon avis. Notamment pour ceux qui sont athlètes ou qui ont été athlètes de haut niveau, je pense qu’il y a des boulevards qui s’ouvrent, bien plus que par le passé. Ces gens sont beaucoup plus légitimes que les traditionnels dirigeants sportifs d’autrefois. Malheureusement les Français ne sont jamais arrivés à faire élire un athlète, contrairement, aux Allemands ou aux Américains. Je pense que c’est une question de bonne planification de la campagne. Il faut d’abord choisir la bonne personne parmi les athlètes actifs ou présents à l’édition précédente des Jeux Olympiques d’été ou d’hiver. Il faut quelqu’un de connu, pour avoir plus de chance d’être élu. Ensuite, c’est une subtile campagne à mener. Tout n’est pas permis, mais c’est une élection, donc il faut faire les efforts pour aller la gagner. Historiquement, on a vu des gens peu connus l’emporter grâce à une très bonne campagne.






