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Eric Srecki : « Le potentiel de l'équipe de France reste entier »

 

Eric Srecki, un des escrimeurs français les plus titrés de l’Histoire, champion olympique (1992), double champion du monde (1995, 1997), multi médaillé par équipe à l’épée, occupe le poste de DTN de son sport depuis le mois d’avril 2010. Il revient sur les championnats d’Europe de Leipzig, d’où les Français sont revenus avec quatre médailles, et se projette sur les évènements futurs : les Mondiaux à Paris en novembre prochain, les JO de Londres au delà. Interview avec le patron sportif de l’escrime française.


Jean-Michel Lucenay

Quel bilan tirez-vous des championnats d’Europe de Leipzig ?
Il est partagé. L’objectif était d’emmagasiner de la confiance pour les prochains championnats du monde de Paris, après une saison régulière assez moyenne. Résultat, deux armes sur six (l’épée hommes et dames) repartent avec l’esprit libre, et pour tous les autres, les incertitudes demeurent. Il faut se remettre au travail, bien ficeler notre préparation. L’évènement a lieu dans plus de trois mois, les résultats de Leipzig ne sont pas forcément significatifs à ce titre. Le meilleur exemple, c’est Jean-Michel Lucenay. Il avait été l’épéiste le moins performant cette saison, le 4e dans la hiérarchie française, et il a su se montrer au dessus du lot le jour J pour décrocher le titre européen.


Les Mondiaux 2010 au Grand Palais

Les Mondiaux à domicile, est-ce un avantage ?
Il y a assurément un effet mobilisateur. Il faudra se sentir portés, et surtout ne pas céder à la pression. Les Championnats du monde au Grand Palais seront une réussite s’ils sont bien organisés, et si l’équipe de France performe. Une chose est sûre : tous nos athlètes auront à cœur de briller.

La sélection sera-t-elle identique ?
Les sélections pour les championnats d’Europe et du monde ont été annoncées en mai dernier. Il y a une exception concernant le fleuret. Après Leipzig, la commission devrait se réunir pour voir si cette équipe sera reconduite ou non.

Quels sont les chantiers prioritaires ?
Il y a deux armes dans la tourmente : le fleuret hommes et le sabre dames. Ces collectifs ont perdu la confiance. Et pourtant, ils comptent parmi les plus titrés ces dernières années ! Cela veut dire qu’ils sont toujours en mesure de performer. Il faut que nous réunissions tous les ingrédients nécessaires et il n’y aura plus qu’à…

Quel est le programme d’ici aux Mondiaux ?
Toutes les équipes sont actuellement en repos. C’est la dernière occasion de faire un break, de se ressourcer, avant un enchaînement infernal. La reprise aura lieu fin août. Tous les collectifs reprendront chacun de leur côté, dans notre camp de base de l’INSEP ou en province dans les villes partenaires. Nous organiserons un stage commun fin octobre à Vittel, juste avant les Mondiaux. Nous enchaînerons ensuite jusqu’aux JO 2012 ! Préparation intensive dès janvier 2011, ouverture de la chasse aux quotas olympiques en mars, championnats d’Europe qualificatifs en prime, trêve estivale courte puis championnats du monde, avant le début de la saison olympique, les sélections internes, les championnats d’Europe 2012 et les Jeux dans la foulée !


Cinq médailles en 1992 à Barcelone dont celle en or d'Eric Srecki à l'épée

La permanence dans l’excellence de l’escrime française est une constante olympique depuis 1896…
Nous ne serons jamais à l’abri d’une contre performance. Je pense par exemple au judo en 2004 qui n’avait obtenu qu’une seule médaille. Nous sommes confiants, mais nous devons rester vigilants. On s’imagine que nos résultats aux JO sont normaux car ils sont répétés dans le temps. Or, non seulement ça n’est jamais « normal », mais de plus, la concurrence s’est accrue ces derniers temps, avec des nations comme la Chine, le Japon, la Corée et les Etats-Unis qui jouent les podiums. Je pense qu’aujourd’hui, obtenir quatre à six médailles dans un tel évènement, c’est un très bon résultat.


Laura Flessel, 23 médailles internationales de 1995 à 2010

La France ne possède-t-elle pas une assurance tous risques dans les épreuves par équipe ?
Nous y brillons grâce à notre densité. Cela nous donne des possibilités de gagner là où d’autres équipes n’ont pas autant de tireurs de premier plan à disposition. Dans une arme où nous sommes forts, l’athlète français doit d’abord gagner sa place en interne, puis se retrouver tout de suite performant s’il veut la conserver. Laura Flessel, ce n’est pas parce qu’elle s’appelle Laura qu’elle est toujours là à 38 ans. C’est parce qu’elle reste performante avec des chances de réussir à chaque grande compétition.

Le potentiel général est-il toujours aussi important ?
Si nous avions obtenu plus de médailles à Leipzig, nous ne nous serions pas enflammés pour autant. Nous restons lucides et modestes. Le potentiel de l’équipe de France reste entier. Il faut juste savoir se poser les bonnes questions avant de remettre la machine en marche. La remise en question doit être permanente, et on sait que la marge entre une 1ère et une 4e place est infime. Tout peut se jouer sur une seule touche, lorsqu’un match se termine à la « mort subite ». Cela permet de relativiser, de prendre du recul. Il faut savoir gérer la pression pour faire basculer un match du bon côté, et cela vient avec l’expérience. Tout le monde est bien préparé, c’est le mental qui fait la différence. On est au dessus du lot certaines fois, et d’autres, on gagne tous les matches difficilement. Finalement, peu importe le modèle, on ne se souvient que de la victoire.


 

 

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